1 février 2010

Tactilo: les cantons et les bénéficiaires de l'aide de la Loterie romande seront satisfaits

Le Tribunal administratif fédéral place les cantons devant leur responsabilité

Les jeux rapportent tous énormément d'argent à ceux qui les organisent. Ce qui signifie que les joueurs sont toujours perdants. Tant pis pour les riches touristes ceux qui se paient le grand frisson dans des casinos de luxe. Mais ceux qui jouent – et perdent – dans le café du coin, jour après jour, un maigre salaire ou même souvent l'aide sociale qu'ils reçoivent posent un problème différent. La loi fédérale sur les jeux de hasard et les maisons de jeu a eu le mérite d'interdire définitivement les dizaines de milliers de machines à sous encore autorisées dans les cantons où des votations populaires ne les avaient pas déjà interdites, tant les dégâts sociaux et familiaux étaient importants. Elle a limité également le nombre de casinos-kursaals que beaucoup de villes et de villages rêvaient d'ouvrir pour améliorer leurs finances. Elle a enfin prévus des impôts élevés – de 40 à 80 % du produit brut des jeux – que le Conseil fédéral devrait fixer de façon à limiter les bénéfices à un rendement normal du capital investi.

C'est pour se conformer à l'interdiction d'installer des jeux de hasard ailleurs que dans les casinos que la commission fédérale des maisons de jeux a interdit les appareils de jeu tactilo installés par la Loterie romande dans des café et des kiosques. Le Tribunal administratif fédéral vient de casser cette décision. Sauf recours au Tribunal fédéral, la Loterie romande pourra augmenter librement le nombre de tactilos, qui avait été provisoirement limité à 700, et des machines similaires, les touchlots, pourraient être installées en Suisse alémanique, si les cantons les autorisent.

Or réduire le nombre d'endroits où l'on joue, en rendre l'accès plus difficile, constituent, comme pour d'autres addictions, un des moyens les plus efficaces d'aider le joueur à résister à la tentation. Une fois à la table de jeux ou devant une machine, le joueur est poussé à continuer de jouer s'il gagne mais aussi s'il perd, pour se refaire. Le caractère répétitif de ces jeux les rend particulièrement dangereux. Dans un casino, les professionnels des jeux sont censés être en mesure d'intervenir et la loi les oblige à interdire ceux qui miseraient des montants ne correspondant pas à leurs ressources.

Les loteries n'ont pas du tout les mêmes caractéristiques : en principe, dans une véritable loterie, on achète son billet et le résultat tombe bien plus tard. Aujourd'hui, le résultat immédiat pour un billet à gratter par exemple s'en éloigne déjà et incite à rejouer. Mais le recours à une machine – machine à sous ou tactilo – crée un véritable mécanisme de dépendance. Il est clair, les chiffres le montrent, que le tactilo fonctionne comme les machines à sous aujourd'hui interdites hors des casinos. Il en a les mêmes effets: il rapporte beaucoup d'argent à la Loterie romande et coûte très cher aux joueurs, à leurs familles et souvent aux services sociaux.

Il est évident qu'on doit éviter de laisser tout un chacun organiser des jeux d'argent. Personne au monde ne le fait. Il est donc évident aussi que ceux à qui l'on donne un monopole aussi rentable devrait en faire bénéficier la collectivité. Il est donc regrettable que le Conseil fédéral ait confié les casinos uniquement à des opérateurs privés et n'en ait donné aucun à la Loterie romande. Autant l'initiative populaire que celle-ci a lancée "pour des jeux d'argent au service du bien commun" est fondée et sage, autant son combat pour les tactilos et l'argent de l'addiction qu'ils lui apportent est un mauvais combat. Financer la culture, l'action sociale et le sport romand avec l'argent de la dépendance aux jeux n'est pas sain, même si le dicton prétend que l'argent n'a pas d'odeur. La commission fédérale des jeux, instaurée pour surveiller et contrôler les jeux d'argents, n'est pas là pour défendre les casinos mais pour les contrôler. Elle est là pour protéger la population de jeux d'argent potentiellement dangereux, et c'est ce qu'elle a fait en interdisant les tactilos. Il est dommage qu'elle n'ait pas été suivie par le TAF

Est-ce que les cantons, qui sont libres d'interdire les tactilos sur leur territoire mais qui n'y ont vu jusqu'ici que les ressources qu'ils en tirent, vont à leur tour y réfléchir, se demander qui sont ceux de leurs administrés qui dépensent chaque année plus de 150'000 francs dans chacun des 700 tactilos de Suisse romande?

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