1 février 2010

Secret bancaire : quand le rêve tient lieu de politique

Changer radicalement de politique n'est jamais facile dans une démocratie. Surtout quand au lieu de s'expliquer, de dire pourquoi il faut accepter que le monde change, on passe son temps, comme les jours derniers, à espérer qu'on pourra éviter le pire. A Davos, M. Merz croit comprendre que la France n'utilisera pas les données volées à HSBC et qu'elle ne les donnera pas à d'autres pays. Il avait manifestement mal compris. M. Maurer a cru convaincre son collègue allemand qu'acheter les données offertes à l'Allemagne serait peu conforme à l'état de droit. C'était aussi l'avis de la présidente de la Confédération. Peine perdue : ce n'est pas l'avis de Mme Merkel.Même espoir déçu d'une certaine compréhension des Etats-Unis Un nouveau front s'ouvre dans l'offensive contre le secret bancaire après la décision du Tribunal administratif interdisant de transmettre les noms promis. Rêves aussi au parlement : refuser de ratifier l'accord UBS, que le Conseil fédéral devra bien se décider à lui soumettre, en laissant l'UBS se faire retirer sa licence bancaire ou alors violer elle-même le secret bancaire, à supposer que M. Villiger prenne le risque d'être condamné à la prison. Gageons qu'au moment du choix, la sagesse l'emportera. Rêve enfin des banques avec leur projet Rubik d'imposition à la source des revenus des capitaux étrangers. Ce que veulent d'abord tous les autres pays développés c'est pouvoir taxer les revenus à l'origine de l'argent caché dans nos banques : revenus non déclarés, argent gagné au noir pour éviter la TVA et les cotisations sociales, héritages non déclarés, pour ne pas parler du véritable blanchiment d'argent sale.
Il est temps de faire face aux réalités : la décision de supprimer la distinction artificielle évasion / fraude fiscale a des conséquences très concrètes : une personne qui n'a pas déclaré tout ou partie de ses revenus ou de sa fortune dans son pays deviendra un fraudeur au sens du droit suisse. Pourquoi essayer de construire des barrages inévitablement fragiles pour le protéger malgré tout, et avec quelle crédibilité, les évènements récents le montrent. Même indépendamment d'un accord sur l'échange automatique d'information que prépare actuellement l'Union européenne et auquel elle tient absolument à nous associer, nous devrons bien admettre, et nos tribunaux avec, que le pays qui nous demande des informations sur une personne ayant effectivement un compte dans une de nos banques pourra les recevoir, qu'il y ait évasion ou fraude. Reste à se donner les bases juridiques nécessaires. Rien ne serait plus maladroit que de le faire en soumettant au parlement et au peuple un ou des accords de double imposition, largement incompréhensibles au commun des mortels. Une loi doit dire clairement que l'argent de l'évasion et de la fraude fiscale n'est plus à l'abri dans nos banques. Prétendre le contraire se serait mentir et se mentir à nous même. C'est le prix à payer pour ne pas être mis au ban des nations, ce qui mettrait notre économie et surtout nos banques en péril.

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