Inquiétant ces économistes de café du commerce qui pris d'une poussée de calvinisme crient au péril de l'endettement, confondant les budgets publics avec leur porte-monnaie. Inquiétant et surtout dangereux dans un monde qui souffre en réalité d'un excédent d'épargne que l'affolement de ces Cassandre ne fait qu'accentuer. Que d'autres, prix Nobel en tête, crient casse coup, que les marchés plongent dès l'annonce des plans de redressement des pays européens ne suffit pas pour convaincre que le gros bon sens qui veut qu'on ne dépense pas plus que ce qu'on a ne s'applique pas en macro économie.
La réalité est autre : On ne peut produire que ce qui s'achète. Ne s'achète que ce que ceux qui dépensent les revenus tirés de ce qui est produit – salaire, intérêts, bénéfices – consacrent à consommer des bien ou services ou à en acheter pour investir. En théorie, l'épargne – ce qui n'est pas dépensé – est investie au travers du système bancaire. Or on le sait, Keynes l'a démontré, un excédant d'épargne conduit à la déflation et au chômage. Il faut alors que l'Etat dépense davantage, au besoin disait-il en creusant des trous pour ensuite les reboucher. C'est grâce à la politique constante des Etats-Unis de déficits budgétaires et de balance des paiements, même au plus fort de l'idéologie néolibérale et monétariste, que l'économie mondiale a pu croître autant depuis la guerre. Cela signifie aussi que les Etats-Unis ont mobilisé l'épargne mondiale à leur profit.
Aujourd'hui, une partie de cette épargne s'est dirigée vers les marchés financiers où l'on a cru pouvoir gagner davantage, créant une bulle spéculative que la faillite d'une grande banque a fait éclater. Et le problème reste entier : où placer son épargne, qu'elle soit privée ou institutionnelle. Or cette épargne a explosé : La mondialisation des marchés a créé des rentes de situation – pétrole, monopoles liés à la protection de la propriété intellectuelle (brevets et marques) - et en enrichissement pharamineux d'une minorité que la concurrence fiscale empêche d'imposer. S'y ajoute l'épargne vieillesse, forcée ou en tout cas encouragée et qui pour le seul 2ème pilier suisse dépasse les 600 milliards de francs. Les pays émergeants enfin, et en particulier la Chine, accumulent d'énormes réserves en devises grâce à des exportations favorisées par des taux de change largement manipulés.
Economiser plutôt que relancer l'économie par des investissements publics serait un bien mauvais calcul et plongerait nos économies dans la déflation et la crise. Mais rembourser la dette publique, c'est aussi priver les épargnants de possibilités de placements sûrs et rémunérateurs. Or en matière de placement, tout est affaire de confiance. Lorsque les espoirs de gains faciles sur les marchés financiers s'estompent, restent les Etats, seules institutions pérennes. Semer la panique en prétendant qu'ils sont trop endettés, en décrétant que les plans de retraites ne seront pas finançables dans un lointain futur, c'est conduire Etats et particuliers à restreindre leurs dépenses et donc épargner davantage. Résultats : décroissance économique, chômage, diminution des recettes fiscales. Un cercle vicieux qu'heureusement les dirigeants de la planète s'efforcent d'éviter en s'engageant pour qu'il n'y ait ni Etats en défaut de paiement, ni grandes banques en faillite.
Et la Suisse ? Elle a sacrifié son sacrosaint secret bancaire et trouvé, en quelques heures, 66 milliards pour sauver l'UBS. Mais elle renonce à faire financer par les banques un fonds de secours, ces banques qui vivent de la gestion de l'épargne – un tiers des fonds privés dans le monde. Elle épargne probablement plus que partout ailleurs, ses pouvoir publics sont peu endettés, par contre ses propriétaires fonciers le sont, pour des raisons fiscales. Une opportunité irremplaçable de placements sûrs. Elle ne participe pas au soutient des européens en difficultés, sauf au travers du FMI, mais la Banque nationale, en rachetant massivement Euro et dollars contribue à la stabilisation des cours des changes.
Reste qu'au lieu de nous faire peur, de nous faire économiser davantage, les collectivités devraient au contraire investir davantage, et investir de façon productive, dans la recherche et la formation, dans les économies d'énergie et les technologies alternatives. Préparer l'avenir de nos enfants, et de nos retraités, ce n'est pas accumuler de l'argent dans nos coffres, c'est construire une économie florissante pour demain. Trop épargner comme on nous dit de le faire, c'est accroitre les difficultés de l'économie mondiale, c'est contribuer à cette crise que d'aucun nous promettent.
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