Entraide administrative en matière fiscale : une gestion mal réfléchie
Pauvre Conseil fédéral qui, pour ne pas abuser du pouvoir de décision que lui donne le droit d'urgence prévu dans la Constitution en matière de politique étrangère, laisse les tribunaux juger que la FINMA, qu'il avait pourtant autorisée à livrer 230 dossiers au fisc américain, a outrepassé ses compétences. Un arrêté fédéral urgent, justifié dans ces circonstances, aurait été dans ce cas juridiquement correct.
Même erreur avec l'accord d'août 2009 pour sauver UBS. On charge alors l'administration des contributions de conclure ce qui est censé être un complément au protocole d'interprétation de l'article 26 de l'accord de double imposition de 2003 avec les Etats-Unis, article qui règle les conditions de l'entraide administrative.
Dans un cas comme dans l'autre, le Conseil fédéral accepte d'appliquer l'engagement pris de renoncer à la distinction entre évasion et fraude fiscale, engagement qui a permis que l'on retire la Suisse de la liste grise de l'OCDE.
S'engager à livrer 4450 dossiers, tout en respectant les procédures, c'est-à-dire le droit de recours des personnes concernées, nécessite une base juridique formelle dit le TAF. S'attendre à ce que les tribunaux acceptent de considérer ce qui a toujours été de l'évasion fiscale comme de la fraude était un peu léger. Il aurait pourtant suffit que l'accord d'août 2009 soit soumis dans les six mois au Parlement, comme le prévoit l'art. 7b de la loi sur l'organisation de l'administration (LOGA), pour que les conditions d'octroi de l'entraide administrative qui y sont prévues soient applicables.
Avoir évité de demander l'accord du Parlement sur une question aussi centrale s'est avéré être un faux calcul. Faux et surtout dangereux, à entendre les réactions de ceux qui semblent avoir oublié déjà quelles conséquences auraient un refus d'appliquer les normes de l'OCDE sur l'entraide administrative. Que l'on s'efforce d'éviter l'échange automatique d'informations fiscales est de bonne guerre, à condition que l'on s'y prépare discrètement.. Que l'on veuille à nouveau refuser l'échange au cas par cas pour l'évasion fiscale serait suicidaire.
Ces tactiques malheureuses traduisent pourtant un malaise plus profond. La nouvelle Constitution, en voulant partager les compétences de politique étrangère entre le Conseil fédéral et le Parlement, a créé une situation peu claire. Le Conseil fédéral doit consulter les commissions sans savoir si le Parlement suivra leur avis. Dans des dossiers aussi délicats, le gouvernement doit pouvoir décider et négocier seul, et il l'a fait ici, mais il doit ensuite soumettre les accords conclus à l'approbation du Parlement, voire du peuple. Sur ce plan il n'a jamais été clair, d'où le malaise de nombre de parlementaires et leur "Schadenfreude" aujourd'hui. Gageons qu'ils sauront demain passer sur leur mauvaise humeur et voter dans l'intérêt du pays. Rien en tout cas n'est plus catastrophique que de laisser des juges venir fausser un débat qui doit être politique.
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